Nini NICOUE, une source intarissable de créations

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Ingénieuse, fine esthète et électrique, Nini NICOUE est une grosse pointure de la mode au Togo. Après des études en stylisme et modélisme à FORMAMOD à Paris, elle décide rentrer en 1988 au pays pour transmettre son esprit créatif et partager son expérience en ouvrant AYANICK EAMOD, une école de mode. Vingt-six ans après l’ouverture de cette école de formation qui ne cesse de s’emplir, l’initiatrice d’« Alokpa », un concours sous régional pour la promotion de jeunes stylistes, demeure une source intarissable de créations.

Une histoire d’amour « tout cousue »

Née en 1961 à Lomé, dans une grande famille de dix enfants, Nini Nicoue rencontre très tôt la couture et ne s’en est plus jamais détachée. Déjà au collège, elle s’est confectionnée, avec la machine de sa mère, sa première jupe d’élève. Au lycée, elle perfectionne davantage son savoir-faire. Et ce sera tout naturellement, que la jeune étudiante s’attachera à la couture après son dépaysement pendant ses études en action commerciale et force de vente.

Elle fait donc son entrée à FORMAMOD pour deux ans, contre l’avis de son père qui estimait à l’époque que c’était une solution de facilité. Malgré son statut de capitale mondiale de la mode, Paris, ne fascine pas la jeune étudiante togolaise. Elle plie bagages par nostalgie et retourne dans son pays natal et se consacre à sa vieille passion, la haute couture. A son retour à Lomé, son premier défilé a fait déchanter son père, qui reconnait l’ingéniosité de sa fille :« Lorsque j’ai fait mon premier défilé, il en était fier. Il est malheureusement décédé l’année d’après, et je n’ai pas eu assez le temps de lui prouver ce que je valais », regrette-t-elle.

Au cours de sa formation, elle s’est frottée avec maestria aux différentes techniques de la haute couture, telles que le stylisme, le toiliste qui se fait dans les grandes chaînes de haute couture, le patronage, la gradation et le montage. Des techniques d’apprentissage qui ne se font pas au Togo, qu’elle a bien voulu partager en ouvrant un centre de formation.

La métamorphose

Une fois rentrée au bercail, elle ouvre d’abord son atelier à domicile, puis s’installera de 1993 à 2005, au 16 rue de la Gare, en plein centre-ville sous l’enseigne AYANICK Créations. Fine esthète, la jeune styliste se rendra très vite compte du manque de professionnalisme sur place. Elle décide alors de transmettre ses connaissances en créant une école. « Lorsqu’un vêtement est exposé, il est agréable à la vue, mais il suffit juste que quelqu’un le porte et vous y voyez tout de suite des imperfections. Cela m’émeut de voir dans la rue des gens mal habillées. J’avais un peu mal de constater que le métier ne se faisait pas comme cela se devait », s’offusque-t-elle.

Aussi, finit-elle par se lasser des humeurs et des caprices de sa clientèle. « Je ne suis pas assez patiente, je le reconnais. Dès lors, je me suis dit, qu’il fallait mieux créer une école que de prendre des apprentis. Là, je donnerais des cours sur les bases du métier, pour révolutionner la pratique de la coupe à mains levées qui était de mise », explique-t-elle. L’atelier se transforme donc en centre de formation en 1993. AYANICK Créations devient donc AYANICK EAMOD.

L’établissement ’est agrandi depuis 2005. Dans ses nouveaux locaux, Ayanick comme l’appelle le grand public, malgré sa célébrité n’a pas pris la grosse tête. Elle s’habille toujours aussi sobrement et son habile coup de ciseaux ne se limite pas qu’aux toiles. Elle se coupe elle-même les cheveux. C’est une femme assez simple et naturelle, qui est très avenante avec ses étudiants. Elle en a formé environ neuf cent (900) de seize (16) nationalités différentes (d’Afrique et d’Europe).

Un modèle à suivre

Ingénieuse et entreprenante, Ayanick ne s’est pas limitée à la formation. Pour révolutionner le métier, innover et donner la chance à la jeune génération de faire valoir son talent, elle initie « Alokpa !», un concours pour célébrer le doigté des jeunes créateurs de mode. Issu de l’argot Mina, « Alokpa !» qui signifie, « Quel exploit ! », est une exclamation usuelle dans l’univers de la créatrice qui n’a de cesse d’émerveiller. Ce concours de design de mode s’est limité en 2008 à sa 4ème édition par manque de sponsors.

En femme battante, la créatrice de mode n’a pas autant baissé les bras. En 2011, elle revient en force avec Fragima Fashion, un catalogue de Mode et Tendance. Destiné à motiver les jeunes à aimer le tissu Wax, on trouve dans ce catalogue des modèles et des dessins avec des motifs connus, réels et non imaginaires. Malgré les embûches, la troisième édition de Fragima Fashion voit le jour en 2016. Vivement une nouvelle édition ou d’autres ingénieux projets de l’infatigable et intarissable source de créations !

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