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Sénégal/ Exclusion de Karim Wade des listes électorales : pur juridisme ou politique de retoquage d’un adversaire gênant ?

Karim Wade et son père

Tout le monde attendait la publication de cette liste électorale provisoire issue de la dernière révision exceptionnelle au Sénégal. Pour le PDS, principal parti de l’opposition sénégalaise, la publication de cette liste avait un intérêt particulier : retrouver le nom de son leader Karim Wade, celui-là qui portera les couleurs du parti aux prochaines élections. Et pourtant, le nom n’y figurait pas. Le parti ne compte pas en rester là.

Surprise pour certains, évidence pour d’autres, le nom de Karim Wade ne figurait pas dans la liste provisoire des électeurs sénégalais affichée le lundi 2 juillet 2018. Le silence du parti de l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade n’a duré que 24 heures. Comment comprendre une telle exclusion, au moment où le président Macky Sall s’englue dans des discours de la main tendue envers l’opposition ?

De l’application simple de l’article L31 du code électoral

Lundi 2 juillet 2018, face à la presse sénégalaise, Bernard Casimir Demba Cissé de la direction générale des élections, explique les empêchements juridiques liés à sa condamnation et qui excluent d’office le fils d’Abdoulaye Wade de l’inscription sur les listes électorales.

En effet, dans ses articles L31 et L32, alinéa 2, le code électoral sénégalais prévoit que toute condamnation définitive de 5 ans ou plus, pour n’importe quel délit, entraîne de facto la perte du droit d’inscription sur les listes électorales.

En mars 2015, le richissime fils de l’ancien président sénégalais a été condamné par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) à six ans de prison ferme et plus de 200 millions d’euros d’amende avant d’être gracié en juin 2016 par le président Macky Sall. En se fondant sur ces faits, l’exclusion de Karim Wade n’est que le résultat évident d’une condamnation qui, même si elle ne le prive pas de ses droits civiques et politiques, le prive toutefois, et selon le code électoral, du droit de s’inscrire sur une liste électorale au Sénégal.

Contorsion de la loi, manœuvres pour écarter un adversaire politique gênant, les mots ne manquent pas au registre du PDS pour qualifier une telle décision. Mais de quels arguments juridiques le parti dispose-t-il pour répondre à cela ?

Devra-t-on justifier cette exclusion en se cantonnant du seul côté des dispositions de la loi électorale ou doit-on y voir des manœuvres préparées de longue date pour écarter un adversaire gênant ?

Des manœuvres pour écarter des adversaires gênants ?

Pour le PDS, le dessein du président Macky Sall est connu de longue date : éliminer ses adversaires politiques en vue de se baliser une voie clairsemée pour son prochain mandat. Et pour y parvenir, Babacar Gaye, porte-parole du parti estime que le chef de l’Etat utilise « les moyens de l’Etat, les ressources de l’État, de la police, de la gendarmerie, de la justice et même du ministère de l’Intérieur ».

De Khalifa Sall à Karim Wade, la chanson est presque la même pour l’opposition sénégalaise qui refuse d’y voir dans les condamnations prononcées une simple application de la Loi du pays. Pour eux, Macky Sall cherche à tout prix à écarter ses adversaires.

Avec la condamnation de Khalifa Sall, et l’exclusion de Karim Wade de l’inscription des listes électorales, c’est deux poids lourds pour l’opposition qui s’effacent sur le chemin du président Macky Sall.

L’argument d’élimination d’un adversaire politique est facile à avancer, mais difficile à prouver juridiquement, lorsque des preuves matérielles existent à l’encontre des prévenus. Entre l’application de la loi et les desseins cachés des acteurs politiques en compétition, le paradigme qui s’applique va toujours en faveur de celui qui a la force « légale et règlementaire » de son côté.

Même si le PDS s’active à préparer une contre-attaque devant la Cour suprême, les chances sont assez minces. Et dans ce contexte, seule l’amnistie, qui effacera son casier judiciaire, pourra le ramener dans cette bataille pour la présidentielle de 2019.

Alexandre Wémima